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  CIC Banque transatlantique : une gestion de fortune mutualiste

Par : Benoît Descamps

Hyper-spécialisée sur trois marchés – actionnariat salarié, clientèle des expatriés et gestion de fortune –, CIC Banque transatlantique s’appuie sur la solidité de son actionnaire, le groupe Crédit mutuel, pour poursuivre son développement.

Dans l’organisation de la banque fédérative du Crédit mutuel, CIC Banque transatlantique est considérée comme une banque régionale, sans être une région. En effet, cette structure, dirigée par Bruno Julien-Laferrière est dédiée à la gestion de fortune et conserve un fonctionnement autonome, tout en bénéficiant des fonctions supports de son groupe. Au sein de ce dernier, elle se positionne de façon différenciée par rapport à la CIC Banque privée, autre structure de gestion privée du groupe CIC.

Une histoire commencée à la fin du XIXe siècle

CIC Banque transatlantique tire ses particularités de son histoire commencée en 1881. Créée par Eugène Péreire, la Compagnie générale transatlantique est une entité de financement de projets, plutôt méditerranéens que transatlantiques, contrairement à ce que son nom peut laisser penser. Parmi les opérations auxquelles elle a concouru nous trouvons : grands travaux de Marseille, chantiers de Saint-Nazaire, Alsthom, etc., mais aussi l’accompagnement d’entrepreneurs à l’international.

Suite à la crise de 1929, CIC Banque transatlantique reprend, en 1933, la banque Dosseur, teneur de compte des agents diplomatiques, laquelle est alors en cessation de paiement. Cela lui vaut alors le surnom de banque du quai d’Orsay par ses clients diplomates. Le CIC, détenu depuis 1998 par le Crédit mutuel, devient l’unique actionnaire de la Banque transatlantique en 2001 et devient alors sa filiale pour la gestion de fortune de ses clients.

Aujourd’hui, la banque compte plusieurs milliers de familles clientes. « Lorsqu’une famille recherche un partenaire, son objectif est d’être suivi sur plusieurs générations, signale Philippe-Jean Péron, membre du comité exécutif, et directeur du développement et de l’ingénierie patrimoniale. Notre structure a l’avantage de disposer d’un actionnaire solide, reposant sur une structure mutualiste, exerçant des métiers simples et visibles. N’étant pas coté, il ne va pas se lancer sur des stratégies trop risquées pour satisfaire ses actionnaires. Face à ce constat, beaucoup de familles se sont adressées à nous lors de la période de stress de 2008. »

Trois principales activités

La banque se concentre sur trois métiers : la gestion des Français vivant à l’étranger, l’actionnariat salarié (via la gestion des plans stock-options et d’actions gratuites) et la gestion de fortune. « Notre valeur ajoutée est très poussée sur ces trois métiers, confie Philippe-Jean Péron. Ces métiers s’entrecroisent et, pour cela, il est nécessaire d’avoir une approche transversale, multicanale et souple. »

La société a conçu un service pointu pour la gestion des plans d’actionnariat salarié. Elle répond régulièrement à des appels d’offres puis, lorsque les comptes sont ouverts, elle propose à ses détenteurs ses services de gestion privée ou détecte des opportunités client. « Nous délivrons une prestation financière de conservation des titres, mais aussi juridique et fiscale. Il s’agit de la tenue de compte traditionnelle, mais aussi de proposer des couvertures pour figer des plus-values, d’accompagner la levée d’option, de financer l’acquisition des titres… Nous apportons également notre ingénierie patrimoniale, en suggérant des donations, le réinvestissement des plus-values, par exemple », assure Philippe-Jean Péron.

La société est notamment spécialisée dans le domaine des opérations transfrontières en matière fiscale et sociale, ce qui permet d’offrir aux groupes internationaux des solutions adaptées à la situation de leurs salariés (choix des schémas d’actionnariat, assistance à la mise en place du plan, etc.) et la prise en charge de la gestion (communication avec les salariés, suivi et gestion de leurs opérations, échanges d’informations, etc.).

Pour la clientèle d’expatriés, CIC Banque transatlantique a développé une expertise reconnue en matière d’accompagnement à l’international. Si, depuis 1986, elle est présente à Londres et depuis dans bien d’autres pays (Luxembourg, Bruxelles, Genève, New York, Montréal, Singapour, Hong Kong, et récemment Madrid et Barcelone), elle accompagne ses clients dans plus de cent soixante-dix pays. « Nous n’affichons pas de seuil d’accès pour ce service, mais dans les faits, les clients faisant appel à nos services sont assez aisés. » Il s’agit de services de banque au quotidien avec des comptes courants en euro ou en devise locale, exonérés de commission de change (avec des parrainages de banques locales), de packages de services (coffre-fort numérique, virements gratuits, gestion des comptes en ligne, etc.), de solutions d’épargnes adaptées en fonction du statut fiscal (conseil juridique et fiscal, succession, donation, etc.).

La structure est également une des rares à avoir développé les coûteux systèmes lui permettant d’accueillir des clients US Persons, notamment en matière de formation et de certification de ses collaborateurs.

Enfin, le troisième segment développé, la gestion de fortune, est accessible aux personnes confiant au moins un million d’euros et aux dirigeants d’entreprises. « Nous avons renforcé notre présence dans ce domaine puisque, depuis notre changement d’actionnaire en 2001, nous sommes passés de 3 à 27 milliards d’euros d’encours. Nous fonctionnons de manière agile avec une structure à taille humaine. Le client est au centre de nos préoccupations, avec une forte dimension humaine et beaucoup de proximité. Nos banquiers privés n’ont pas d’objectif de vente de produit : si le client est satisfait, le reste suit naturellement. » Les gérants privés se positionnent comme des hommes et femmes orchestre. « Très doués sur les plans juridiques et fiscaux et dotés de belles compétences financières également. Leur sens commercial est pointu, avec une volonté de répondre aux objectifs de leurs clients ».

Outre l’accompagnement juridique et fiscal, la structure accompagne ses clients dans tous les domaines d’investissement : financier, assurance, immobilier, Private Equity, art…

Un large éventail de solutions produits

En matière de solutions financières (fonds, gestion conseillée, gestion sous mandat, produits structurés), si la société peut compter sur des produits conçus au sein du groupe par CM-CIC AM, notamment sur la gestion de taux et sur la partie actions ISR, et recourir à d’autres expertises en architecture ouverte (pour certaines thématiques), elle dispose également de sa propre société de gestion, Transatlantique gestion. « Ici, notre approche consiste à créer de la valeur sur le long terme, tout en protégeant le capital. Bref, de la performance absolue », souligne Philippe-Jean Péron, également président de Transatlantique gestion.

La structure compte une soixantaine de personnes entre Paris, Lille et Nancy, puisque le groupe a racheté Dubly Douilhet Gestion à Lille en 2012, un ancien agent de change basé à Lille et Nancy, et l’a apporté à Banque transatlantique ensuite. « Notre recherche est basée à Lille et nous disposons également de filiales de gestion à l’étranger afin de nous adapter aux spécificités locales, comme par exemple en Belgique. Aussi, une structure existe également à Luxembourg car la gestion en multidevises y est plus simple. »

En matière d’assurance-vie, la société s’appuie sur ACM, la structure du groupe, mais afin de ne pas mettre tous les œufs de ses clients dans le même panier, elle s’appuie également sur d’autres partenaires, comme BNP Paribas Cardif et Generali pour « leurs qualités d’assureur, leur souplesse et la qualité de leurs solutions ».

Les solutions proposées sont généralement de droit français, comme le souligne Philippe-Jean Péron. « Notre savoir-faire sur les expatriés nous a rapidement amenés à nous rendre compte il y a quinze ans que l’assurance-vie luxembourgeoise n’était pas la réponse à la fin du monde. Nous n’utilisons ces produits qu’à dose homéopathique, pour répondre à un besoin spécifique de nos clients notamment les expatriés. »

Un département immobilier (CM-CIC Agence immobilière) prend en charge les demandes : de la sélection jusqu’à l’acquisition et peut intermédier le cas échéant, en passant évidemment par le financement, ce sur tous types de biens (logements, bureaux, etc.).

Une équipe de Private Equity est également intégrée au dispositif avec un comité qui valide une sélection de fonds, mais aussi d’investissements en direct. « La demande est de plus en plus forte dans ce domaine comme dans l’immobilier car il s’agit d’actifs non cotés. Le client refuse de plus en plus la volatilité des marchés et recherche des histoires plus spécifiques pour investir. Si cette démarche est pertinente, il est nécessaire d’être accompagné dans ces domaines. »

La structure peut également assouvir les projets « prestiges » (œuvres d’art, aéronefs, automobile, bateaux de plaisance, etc.) et philanthropiques de ses clients via son fonds de dotation. « Il s’agit d’une véritable attente, reconnaît Philippe-Jean Péron. Avec cette solution, nous déchargeons le client des aspects de suivi administratif et comptable. » Créé en juin 2012, le fonds de dotation transatlantique a pour objet de favoriser, soutenir et développer des activités d’intérêt général à caractère social, culturel, éducatif, scientifique, humanitaire, sportif et de protection de l’environnement. Le client doit s’engager pour au minimum 150 000 euros et sur trois ans minimum.

Une croissance progressive et organique

Aujourd’hui, CIC Banque transatlantique compte quatre cents collaborateurs, dont une centaine de banquiers privés tous basés à Paris, ainsi que dix implantations internationales : Londres, Bruxelles, Luxembourg, Singapour, Hong Kong, Genève, New York, Montréal, Madrid et Barcelone. Prochainement, une ouverture est prévue à San Francisco. « Notre démarche est de viser les villes où les expatriés français sont nombreux, les villes, pas les pays. »

Si elle a pris son essor depuis son intégration au groupe Crédit mutuel, son développement a été progressif. « Les effectifs ont accompagné notre croissance, essentiellement organique, sans exploser. En effet, nous reposons sur le système d’information intelligent du groupe et de tous les développements qui y sont réalisés en matière de digital et d’autres services sont mutualisés. L’intégration au groupe Crédit mutuel est pour nous une vraie force. Cela a permis notre hyper-spécialisation, puisque l’essentiel de nos effectifs concerne la gestion, le commercial, l’ingénierie patrimoniale (dix personnes aux compétences transverses) et l’analyse de produits. Nous recrutons en fonction de nos besoins, avec un comportement mutualiste qui induit que nous avançons marche par marche. Nous pouvons bénéficier d’une belle image sur ce marché, avec de nombreuses candidatures. »

Forte de ces expertises et de son positionnement de niche, la banque compte faire progresser d’un tiers son chiffre d’affaires, à horizon 2020. Encore une fois, l’apport du groupe sera précieux puisque la structure se positionne de plus en plus en soutien du réseau. « Il s’agit d’une véritable association qui a pris du temps à se construire mais qui fonctionne bien. Il nous a fallu démontrer progressivement la valeur ajoutée que nous apportions à leurs clients. Pour eux, il ne s’agit pas d’une dépossession de la clientèle puisque les encours leur sont reconnus. »

  • Mise à jour le : 24/06/2016

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