Un scénario central de croissance modérée en 2026
Par Sébastien Grasset, directeur général Asset Management d’Auris Gestion
2025 a été marquée par la résilience des marchés dans une mondialisation disruptée.
L’année 2025 aura été marquée par la résilience des marchés actions, malgré une volatilité persistante. Le « Liberation Day » a d’abord ravivé les craintes inflationnistes et d’un ralentissement global. Sous l’influence notamment de Stephen Miran, les Etats-Unis ont adopté une posture offensive : hausse des tarifs douaniers et dépréciation assumée du dollar pour regagner en compétitivité. Inspirée par le dilemme de Triffin, encore analysé récemment dans « Trumpeconomics and the Triffin Dilemma » (mars 2025, Triffin International), cette stratégie « disruptive » a déstabilisé les marchés. Heureusement, un virage pragmatique a suivi, privilégiant des accords bilatéraux et des engagements d’investissement. Cet infléchissement, conjugué à l’effervescence autour de l’IA et de la Tech, a soutenu un rebond marqué des marchés actions vers de nouveaux sommets.
Point sur les différentes classes d’actifs
2025 marque la fin de l’exceptionnalisme américain sur les marchés actions.
Aux Etats-Unis, la croissance est restée solide, portée par un cycle d’investissement dynamique et les gains de productivité liés à l’IA. La Fed, attentive aux risques sur l’emploi, y a engagé un assouplissement monétaire graduel. En Europe, l’environnement s’est amélioré après une longue stagnation : reflux de l’inflation, assouplissement monétaire, perspectives d’un soutien budgétaire et espoir de paix en Ukraine. Le Vieux Continent a profité de valorisations attractives et de la surperformance du secteur banque et des valeurs industrielles de la défense.
Les marchés émergents ont été hétérogènes : surperformance des économies intégrées aux nouvelles chaînes industrielles et technologiques, pénalisation des pays dépendants des matières premières. En Chine, la crise immobilière et les pressions déflationnistes continuent à peser sur l’activité, mais Pékin privilégie l’investissement productif dans la Tech et l’énergie, confirmant un modèle orienté vers l’investissement et les exportations.
Sur les marchés obligataires, la Fed et la BCE ont baissé leurs taux directeurs (trois et quatre fois respectivement), mais restent prudentes pour 2026, la première devant notamment sanctuariser son indépendance face aux pressions exercées par Trump pour en infléchir la gouvernance Les taux longs ont été volatils : forte remontée en Europe sous l’effet des déficits et de l’annonce des plans de relance, baisse aux Etats-Unis malgré la politique économique trumpienne. Au Japon, la normalisation monétaire et la hausse historique des taux longs constituent un point de vigilance.
Quant aux spreads de crédit, ils se sont continuellement resserrés, hormis lors de l’épisode du Liberation Day, confirmant l’appétit pour cette classe d’actifs.
Sur les marchés des matières premières, la dispersion a prévalu : envolée des métaux précieux, soutenus par la défiance envers les dettes souveraines ; hausse des métaux industriels, intimement liée notamment à l’IA, à la robotique, à l’électrification et à la défense ; recul des prix de l’énergie et des produits agricoles dans un contexte de tensions sur l’offre.
2026 : le vol d’Icare ?
Nous abordons cette année avec un scénario central de croissance modérée, soutenue par un policy mix expansionniste. Après les sommets de 2025, la dynamique future dépendra des marges et de la rentabilité (notamment en considération des Capex massifs annoncés dans le secteur de l’IA). Il nous semble important de distinguer la Tech non profitable et les hyperscalers, et de diversifier ses investissements pour éviter qu’une déception, comme une mauvaise publication, ne fasse fondre les ailes des plus aventureux. Nvidia, Prométhée de l’IA, a échappé au châtiment en 2025. Qu’en sera-t-il en 2026 ? La réponse est complexe et la diversification reste la clé. A plus long terme, on peut aussi s’interroger sur l’impact de l’IA sur le marché de l’emploi.
Si nous restons naturellement investis sur les marchés US et n’anticipons pas de récession de la zone, nous avons adopté un positionnement neutre sur les actions US (du fait des valorisations élevées et de la concentration des performances sur les Magnificent 7). Nous sommes ainsi moins exposés aux USA en comparaison avec leur poids dans l’indice MSCI World et avons une préférence pour la zone euro et un biais positif sur la Chine, notamment dans le secteur Tech. L’isolement de l’Europe dans un monde fragmenté reste un point d’attention.
En gestion obligataire, nous privilégions une duration modérée, ainsi que les dettes périphériques, le High Yield (en étant sélectifs), les subordonnées financières européennes et les dettes souveraines émergentes en devises locales.
La thématique des commodities, dont les terres rares, essentielles à la révolution industrielle 4.0, restera structurelle et propice à des positionnements tactiques, avec une Chine dominante dans l’extraction et le raffinage.
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