Investissement à impact : les bénéfices de la CSRD

Par : edicom

Par Solène Eveillard, Impact Lead chez Nordea AM

Applicable depuis le 1er janvier 2024, la directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) fixe de nouvelles normes et obligations pour la communication des données extra-financières de plus de cinquante mille entreprises. La transparence qui en résulte pourrait permettre de mieux orienter les flux d’investissement vers les émetteurs dont le modèle économique tend à créer de la valeur économique, mais aussi sociale et environnementale, à long terme.

L’investissement à impact progresse dans le monde, si l’on se réfère au dernier rapport du Global Impact Investing Network (GIIN) qui mentionne le montant de 1 571 milliards de dollars d’actifs sous gestion, soit une croissance annuelle de 21 % de cette catégorie d’investissement enregistrée depuis 2019. Un signal encourageant, malgré un contexte politique international en apparence peu favorable : à peine revenu à la Maison Blanche, Donald Trump a décidé de retirer les Etats-Unis de l’Accord de Paris de 2015.

Si certaines voix s’élèvent aujourd’hui contre la pertinence d’intégrer davantage d’informations extra-financières dans les stratégies d’investissements, cela permet in fine aux gérants d’obtenir une image plus complète des émetteurs pour prendre les décisions les plus justes et obtenir des rendements optimaux. Par-delà la collecte et l’analyse des indicateurs ESG, l’enjeu est bien de comprendre comment leurs entreprises créent de la valeur pour l’ensemble de leurs parties prenantes.

Dans ce contexte, le levier réglementaire peut s’avérer être un élément essentiel pour amener les organisations à publier davantage de données extra-financières, mais également améliorer la qualité de leur reporting extra-financier. Ainsi, la directive CSRD appuie la démarche des investisseurs qui cherchent à mieux appréhender les risques et les opportunités de chaque émetteur dans un monde en proie à de multiples tensions (environnementales, géopolitiques, sociales, et technologiques). En relevant l’exigence de transparence et harmonisant la communication extra-financière, la réglementation permet en effet de mettre plus facilement en œuvre les stratégies d’investissement à impact selon les critères préalablement définis.

La notion de double matérialité permet d’identifier les problématiques ESG propres à chaque secteur et les indicateurs capturant le mieux les risques et opportunités financiers qui y sont liés. La collecte et l’analyse de ces données extra-financières vont ainsi permettre à l’investisseur de déterminer plus précisément les entreprises qui répondent le mieux aux objectifs d’impact de son fonds. Par exemple, l’atténuation du changement climatique peut tout aussi bien être poursuivie en allouant des capitaux à des fournisseurs de solutions d’efficacité énergétique, qu’en accompagnant la transition des industries les plus carbonées.

 

Pas d’engagement actionnarial sans connaissance fine de l’entreprise

Les investisseurs dans l’univers du coté peuvent aussi optimiser l’impact positif de leurs portefeuilles en encourageant l’adoption par les émetteurs de pratiques plus responsables. L’enjeu pour les gérants est d’évaluer avec finesse la capacité d’un modèle économique à s’adapter et à prospérer dans un monde en mutation et aux ressources limitées, et de concentrer son influence sur les indicateurs présentant le plus grand potentiel de progression. Cet engagement doit aussi bénéficier à l’entreprise qui sera d’autant plus en en mesure de déployer ses ressources pour répondre aux attentes de ses différentes parties prenantes que celles-ci sont financièrement stratégiques.

Alors que la transparence encouragée par la directive CSRD enrichit la qualité du dialogue actionnarial, l’instabilité réglementaire inquiète légitimement les investisseurs. Des efforts importants ont été consentis par les entreprises pour se préparer à respecter les règles de reporting extra-financier et par les investisseurs pour les intégrer dans leur gestion des risques et identification des opportunités. Afin que ces nouvelles exigences de transparence puissent avoir de l’impact et participer à redéployer des capitaux vers une économie plus durable, il est souhaitable que les principes, les objectifs et le contenu du texte soient maintenus au-delà de la première année d’application.

  • Mise à jour le : 23/04/2025

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