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  Economie circulaire : un modèle incontournable

Par : edicom

Par Bertrand Alfandari, responsable du développement de l’activité ETF et fonds indiciels de BNP Paribas Asset Management

Non l’environnement n’est pas seulement un sujet tendance, c’est un sujet devenu incontournable. Changement climatique, plastique à usage unique et réduction des déchets sont au cœur des priorités et du débat sociétal. Pour répondre à ce qui constitue un changement structurel de la société, les modèles économiques se transforment, poussés par la volonté de consommer autrement ; l’économie circulaire en est la meilleure preuve…

L’économie dite « linéaire », caractérisée par l’enchaînement classique « extraire - fabriquer - consommer - jeter », est aujourd’hui dépassée car elle puise dans les réserves de ressources naturelles non renouvelables, elle occasionne des déchets et des pollutions devenant problématiques, avec des conséquences néfastes sur les êtres vivants et sur l’environnement. L’économie circulaire se présente comme une alternative offrant de nombreuses opportunités. Le principe est simple : l’utilisation des ressources non renouvelables est limitée à tous les niveaux (producteurs, consommateurs) et les déchets sont recyclés pour devenir matières premières. Ce système vertueux fonctionne en boucles et tend à la minimisation, voire à la suppression complète des déchets.

L’économie circulaire s’articule autour de trois principes fondateurs :

- la préservation des ressources naturelles en limitant leur utilisation afin de préserver l’équilibre entre la consommation de ressources naturelles et le développement économique ;

- l’optimisation de l’utilisation des ressources, grâce à un nouveau modèle de conception des produits axé sur le « service rendu » et non plus la « propriété ». On parle alors d’une logique de location/leasing ou de partage/échange ;

- et la mise en place de modes de production et de consommation plus vertueux.

Le modèle de l’économie circulaire est hautement porteur d’espoir pour limiter notre impact sur la planète, ce que de nombreuses entreprises, petites, moyennes ou grandes ont bien compris en s’emparant du sujet. L’économie circulaire va bien au-delà des critères ESG habituellement retenus et s’inscrit d’ailleurs dans différents Objectifs du développement durable (ODD) adoptés en 2015 par cent quatre-vingt-treize pays des Nations unies.

Quelles formes prennent les initiatives d’économie circulaire ?

Les grandes entreprises mondiales qui sont au cœur de la production de biens et donc de déchets ont un rôle crucial à jouer dans cette nouvelle économie. Pour elles, l’économie circulaire est un cycle de développement positif continu qui préserve les ressources naturelles et optimise leur rendement.

Les exemples industriels aboutis et réussis sont de plus en plus nombreux. Il n’est pas possible de tous les nommer, mais observer certains d’entre eux permet d’en comprendre l’intérêt, aussi bien en termes de protection de l’environnement, de préservation des ressources naturelles que d’opportunités économiques et financières pour ces entreprises :

- en 2020, Pernod-Ricard atteindra son objectif de zéro déchet mis en décharge ;

- L’Oréal a engagé une politique de packaging responsable fondée sur trois piliers, appelés les « 3R » : respecter, réduire et remplacer ; trois de leurs usines de production sont devenues sèches (100 % de l’eau utilisée à des fins industrielles est recyclée indéfiniment) ;

- 86 % des emballages du groupe Danone sont recyclables, réutilisables ou compostables. Le 100 % sera atteint en 2025. L’objectif est aussi d’introduire de plus en plus de matières premières recyclées dans la production des emballages, en lieu et place des matières premières dites neuves ;

- Nike produit, depuis 1992, un matériau appelé Nike Grind, obtenu à partir du recyclage de chaussures de sport et de surplus non vendus. Nike Grind permet de fabriquer de nouvelles chaussures et des matériaux pour des surfaces sportives de très haute performance (pistes de courses, sols des gymnases, courts, tapis de sol…). D’une manière générale, 99,9 % des déchets de production des chaussures Nike ont été recyclés ou transformés en ressources énergétiques au quatrième trimestre 2018 ;

- IBM travaille à la mise en place d’une « plate-forme de gestion intelligente des déchets », qui consiste dans un processus de valorisation des déchets à collecter et traiter efficacement les informations complexes, disparates et nombreuses : démographie, collecte des déchets, données financières, informations climatiques ou conditions de circulation. Des solutions de « big data » et d’intelligence artificielle seront alors nécessaires pour l’optimisation du traitement de l’information.

L’analyse des causes de la production de déchets, de l’obsolescence programmée, du recours quasi systématique aux ressources naturelles dans les processus de production, est un prérequis pour que l’économie circulaire soit mieux appréhendée par tous et qu’une véritable prise de conscience se développe au sein des différentes industries. Les constats de dysfonctionnements menés ici et là doivent conduire à une réflexion pour trouver des solutions de remplacement en termes de modèles de production et de consommation. Par exemple, Danone met en avant le caractère nuisible du film plastique qui emballe ses packs d’eau. Le groupe cherche alors une solution technique conduisant à la suppression totale de ce film plastique et permettant un transport facile par les consommateurs. Il y a fort à parier que les concurrents de Danone dans le domaine de l’eau appliqueront la même démarche.

On assiste ainsi à une diffusion de bonnes pratiques en matière d’économie circulaire. D’où la notion de « comportements vertueux ». Dans certains cas, les modifications des procédés sont beaucoup plus vastes et nécessitent de repartir de la conception d’un produit pour le rendre économiquement circulaire ; il s’agit de « l’écoconception ». Par exemple, IBM travaille à la conception d’un PET (polytéréphtalate d'éthylène) issu du recyclage de plastiques de différentes sources. C’est aussi dans ce sens que l’économie circulaire permet de créer une émulation entre les entreprises d’un même secteur, incitées à investir davantage et à innover sans cesse.

Un concept compris mais encore jeune…

Il faut par ailleurs garder à l’esprit que les besoins de financements sont importants et que le développement de l’économie circulaire peut se heurter à différents freins. Par exemple, le recyclage constitue l’un des principaux enjeux en 2018 ; en France, le volume de plastiques recyclés n’a augmenté « que » de 12 % par rapport à 2017. Ce chiffre est bien inférieur aux objectifs fixés par les gouvernements et les autorités dans la loi de transition énergétique de 2015.

Globalement, la plupart des secteurs industriels sont concernés par cette circularité. Les plus sensibles à cette thématique sont la construction, les mines et aciéristes, les constructeurs automobiles, les équipementiers télécoms et le textile. L’avantage de mettre en place une telle stratégie circulaire est la réduction du coût des matières premières. En effet, une matière première recyclée peut s’avérer moins coûteuse sur le long terme, notamment parce qu’elle n’est plus sujette à des variations de prix de marchés, impliquant ainsi une baisse des coûts de production pour l’entreprise. Par exemple, la « refabrication » d’équipements automobiles est de 30 à 50 % moins coûteuse que la production de nouveaux équipements et génère 70 % de déchets en moins. Cela impose cependant de revoir les processus de la conception (écoconception) à l’après-vente (réparations, démontage). Ce sont autant de projets d’investissements et de besoins de financements qui s’adressent aux investisseurs.

Les pouvoirs publics européens et français se sont emparés du sujet pour favoriser ces investissements orientés vers l’économie circulaire. En 2015, la commission européenne a adopté un plan d’action de cinquante-quatre mesures visant à favoriser le développement de nouvelles méthodes visant à utiliser les déchets comme des ressources.

Comment agir en tant qu’investisseur sur cette thématique ?

Les investisseurs peuvent prendre part à ce virage car il pérennise « les business models » des sociétés qui s’inscrivent dans l’économie circulaire. On distingue les entreprises dites naturellement circulaires des autres entreprises qui s’inscrivent dans cette économie à travers de nombreux efforts d’investissements et de développement.

Ces sociétés génèrent un développement économique durable et limitent les risques associés à la non prise en compte des enjeux environnementaux (réserves de ressources naturelles non renouvelables, pollutions, augmentation du prix des matières premières, etc.).

A l’instar d’autres thématiques environnementales comme celle du bas carbone, les investisseurs disposent désormais d’une nouvelle source de diversification de leurs actifs sur le long terme. Il s’agit d’un investissement de conviction dans la mesure où l’économie circulaire est intimement liée évidemment aux grands enjeux de la transition énergétique.

Les données aidant les investisseurs à y voir clair dans les efforts effectués par les entreprises ne sont pas encore suffisantes. ECPI, un fournisseur d’indices italien, a développé en juillet 2017 un indice thématique sur l’économie circulaire dont la méthodologie repose en premier lieu sur les critères environnementaux, sociétaux et de gouvernance (ESG) d’entreprises cotées d’envergure mondiale. Les sociétés sont ensuite sélectionnées pour leur participation à l’économie circulaire et répertoriées selon plusieurs catégories : conception circulaire, récupération des matériaux, extension de la durée de vie du produit, plateformes de partage et offre de produits en tant que services (cloud, leasing, échange de biens).

Aussi, cet indice exclut les activités relatives aux armes et au tabac. Pour finir, l’indice sélectionne un panier de cinquante grandes valeurs sélectionnées pour leur dynamique en matière d’économie circulaire et sur la base d’une liquidité suffisante (capitalisation boursière).

 

Un ETF dédié à la thématique de l’économie circulaire

Les investisseurs désireux d’investir sur cette thématique peuvent se tourner vers la gestion indicielle. Parmi les véhicules d’investissements disponibles en matière d’économie circulaire, on retrouve le tout premier ETF lancé sur cette thématique : le fonds BNP Paribas Easy ECPI Circular Economy Leaders Ucits ETF, lancé le 23 mai 2019, est coté en continu sur Euronext Paris et a été conçu selon une méthodologie robuste. Il investit sur un univers d’actions internationales et propose une exposition à la performance d’un indice composé de cinquante entreprises de divers secteurs d’activité, sélectionnées pour leur appartenance à l’économie circulaire ou pour leurs initiatives dans ce domaine.

  • Mise à jour le : 28/01/2020

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