Les Business Angels, intervenants-clés de l’investissement à impact

Par : edicom

Par François Jubin, président de Biwan

L’amorçage reste une étape cruciale et fragile du financement des start-up. Alors que les fonds de capital-risque concentrent leurs investissements sur des tours avancés, les Business Angels conservent une présence décisive auprès des jeunes pousses.

Selon France Angels, près de 100 millions d’euros ont été investis en 2024 dans plus de quatre cents start-up françaises. Au premier semestre 2025, les réseaux de Business Angels (BA) ont maintenu une activité stable, alors même que le capital-risque affichait une baisse de 60 % du nombre de deals en France et de 44 % en Europe, selon les données du baromètre In Extenso des levées de fonds au premier semestre 2025. Cette résilience confirme la spécificité des Business Angels : des investisseurs patients, souvent eux-mêmes anciens entrepreneurs, qui s’engagent au tout début de l’histoire d’une entreprise. Dans cette dynamique, l’investissement à impact trouve sa voie entre projets portés par des entrepreneurs soucieux de contribuer à une économie circulaire et attentes des investisseurs en matière de durabilité.

Les Business Angels interviennent principalement en phase d’amorçage. Leurs tickets unitaires sont modestes comparés aux standards du capital-risque – entre 10 000 et 100 000 euros par investisseur –, mais ils sont souvent syndiqués pour atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros. Ces montants, bien que limités au regard des besoins ultérieurs des entreprises, sont cruciaux pour franchir les premières étapes.

Les Business Angels en amorçage : stabilité et expérience

La majorité des BA sont d’anciens entrepreneurs, ayant réussi un « Exit », ou des dirigeants expérimentés. Ils disposent de ressources financières, mais surtout d’une expérience opérationnelle et d’un réseau. Leur apport dépasse donc le capital : ils conseillent sur la stratégie, ouvrent des portes commerciales et accompagnent les fondateurs dans la structuration de leur gouvernance. Cet apport non financier est souvent cité par les porteurs de projets comme plus déterminant encore que le financement initial.

Contrairement aux fonds d’investissement, dont l’activité est très corrélée aux cycles de marché, les BA présentent un comportement plus stable. Comme le rappelait récemment France Angels, « malgré un recul global du marché, nos réseaux continuent à soutenir activement l’amorçage, en moyenne au même niveau qu’en 2024 ». Dans un contexte où le capital-risque se concentre sur des tours plus avancés, les BA restent donc les premiers partenaires des jeunes pousses.

La prise en compte des enjeux de développement durable se développe aussi chez les Business Angels. Ils contribuent ainsi à la transition nécessaire de nos économies, même si leur influence reste modeste d’un point de vue macroéconomique.

L’amorçage, un terrain privilégié pour l’investissement à impact

Au-delà de la stabilité, l’amorçage est une fenêtre d’opportunité unique pour l’investissement à impact. Les entreprises créées à ce stade sont souvent des pure players, dont l’activité est directement alignée avec leur mission sociétale ou environnementale. Contrairement aux grands groupes cotés, dont la durabilité est plus difficile à mesurer en raison de la diversité des activités, les start-up d’amorçage permettent une lecture immédiate de leur impact.

Entrée en vigueur en 2023, la loi industrie verte a, par ailleurs, introduit une obligation pour les distributeurs de recueillir les préférences de durabilité de leurs clients. Mais l’environnement réglementaire reste complexe : taxonomie européenne, SFDR, indicateurs PAI. Les épargnants comme les distributeurs peinent à s’y retrouver. En parallèle, la simplification réglementaire portée par le paquet Omnibus en 2025 (série de mesures portée la Commission européenne, ndlr) a présenté une série de mesures a réduit drastiquement le nombre d’entreprises concernées par la CSRD, limitant la disponibilité des données ESG fiables. Ces évolutions renforcent l’intérêt des projets en amorçage, dont l’impact est plus directement observable.

Des réseaux organisés pour créer un écosystème impact

Les BA ne sont plus isolés. Leur efficacité dépend aussi de la structuration en réseaux. France Angels fédère aujourd’hui plus de cinq mille investisseurs regroupés dans cinquante-trois réseaux. Le modèle français se distingue par ce maillage territorial, qui permet d’accompagner des projets dans toutes les régions. Sur l’investissement durable, on peut également citer les plates-formes de financement participatif, comme Lita, ou une association, comme Impact France membre de France Angels.

Des acteurs spécialisés sur l’investissement à impact se sont imposés avec une approche qui allie process d’investissement structuré et communauté de BA. Asterion Ventures fédère une communauté internationale d’investisseurs early stage dédiée à l’impact. Fifty Partners combine incubation et financement, offrant aux start-up un accompagnement complet. Side Angels, agent lié du PSI Tylia, propose une approche club deal qui rassemble des investisseurs individuels autour de projets sélectionnés. On retrouve également des initiatives qui combinent, comme FoodBiome, ingénierie territoriale et financement d’entreprises durables sur le thème de l’agroécologie.

Qu’elles soient associatives ou animées par des entreprises, ces entités jouent un rôle-clé : elles organisent le sourcing, mutualisent les due diligence, apportent aux start-up les qualités de leur réseau et les accompagnent après l’investissement.

Tous partagent une même logique : professionnaliser l’investissement en amorçage et garantir que les capitaux servent à créer de la valeur durable. Ils se distinguent également des schémas classiques de l’industrie financière par une organisation très horizontale, où les entrepreneurs et les investisseurs se rencontrent et créent ainsi un écosystème vivant et entreprenant.

Ces réseaux jouent aussi un rôle de catalyseur auprès des acteurs publics. Les montants investis par les Business Angels sont décuplés grâce aux mécanismes de co-investissement d’acteurs institutionnels ou publics, comme la BPI. Cela permet de structurer des tours plus ambitieux et de donner aux start-up les moyens de franchir les étapes clés de leur développement, avant que les fonds de capital-risque prennent le relais.

Une opportunité pour les CGP et family offices

Les conseillers en gestion de patrimoine (CGP) et les family offices devraient constituer un maillon essentiel entre l’épargne privée et les projets à impact. Leur proximité avec une clientèle sophistiquée leur permet de mobiliser des ressources importantes. Depuis 2023, la loi industrie verte les invite à recueillir les préférences de durabilité de leurs clients. Cette évolution réglementaire crée une opportunité unique pour orienter une partie du patrimoine des investisseurs vers l’amorçage durable.

Cependant, plusieurs obstacles subsistent. La réglementation sur l’appel public à l’épargne limite la taille et la communication des véhicules accessibles. Si les family offices ont une certaine pratique des clubs deals et autres participations non cotées, le modèle de rémunération des CGP, encore largement fondé sur les rétrocessions, incite peu à proposer des opérations de BA. Pour répondre à la demande croissante de leurs clients, les CGP et family offices gagneraient à travailler plus étroitement avec les réseaux de BA. Ensemble, ils pourraient concevoir des solutions adaptées aux attentes ESG et créer des ponts entre l’offre et la demande de capitaux.

Conclusion

Dans un contexte où les financements en amorçage se raréfient, les Business Angels confirment leur rôle stratégique, notamment dans le secteur de l’investissement à impact. Par leur stabilité, leur expérience et leur proximité avec les entrepreneurs, ils assument une fonction unique de catalyseur. L’amorçage constitue aussi une fenêtre idéale pour identifier des projets à impact, plus lisibles et plus transparents que ceux des grands groupes cotés.

Les réseaux de Business Angels, les CGP et les family offices doivent conjuguer leurs efforts pour canaliser l’épargne privée vers des projets durables, à la fois créateurs de valeur et porteurs de transformation. Car au-delà de l’éthique, les projets à impact sont aussi des projets de croissance et d’avenir économique.

  • Mise à jour le : 10/11/2025

Vos réactions