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  Un besoin de pédagogie

Par : Benoît Descamps

Michel Chabanel, président de l’Afic (Association française des investisseurs pour la croissance) revient sur les forces et faiblesses des acteurs français du capital-investissement. Il milite également pour un meilleur accès à la classe d’actifs pour les investissements à long terme.

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Sur le même sujet : lire l'interview d'Alain Esnault, directeur général d’Apicap, et d'Alexandre Rossoz, associé gérant d’Apicap.

 

Profession CGP : Comment se porte le marché français du capital-investissement ?

Michel Chabanel : Depuis trois ans, il se porte bien et, avec 10 Md€ de capitaux levés, il a quasiment retrouvé son niveau d’avant-crise. 2014 s’est conclue avec une hausse de 24 % des levées et la tendance pour 2015 est également favorable. Nous avons souffert de l’impact de Solvency II qui a réduit les capacités à investir des assureurs et de la structure de l’épargne financière en France. Moins de 1 % des actifs des investisseurs institutionnels français sont orientés vers le capital-investissement ! La moyenne atteint 3 % chez les assureurs européens et 7 à 8 % chez les fonds de pension nordiques ou anglais. Il a fallu aussi convaincre les investisseurs étrangers à investir à nouveau : la France a connu un déficit d’image avec des réformes fiscales qui ont effrayé. Mais la situation s’est redressée et la classe d’actifs affiche de meilleurs chiffres, tant ses impacts dans l’économie réelle et pour les investisseurs sont indéniables : 354 000 emplois créés sur les cinq dernières années et une rentabilité de 11 % nets par an sur les dix dernières années.

PCGP : Comment attirer davantage les capitaux des épargnants vers le capital-investissement ?

M. C. : Les Français ont un besoin d’épargne pour leur retraite, donc d’investissement à long terme. Si le capital-investissement est, au même titre que l’immobilier, un placement peu liquide, il génère une performance stable et à deux chiffres, deux fois supérieure à celle des autres classes d’actifs. Une partie de leurs investissements devrait donc être orientée vers les entreprises non cotées.

Nous regrettons que les capitaux de l’assurance-vie soient si peu investis dans l’économie réelle. Nous pâtissons du ratio Solvency II qui ne nous est pas favorable et qui nous place au même niveau que les actions cotées, par nature beaucoup plus volatiles (32 %). Selon plusieurs études académiques, ce ratio devrait être réduit aux alentours de 20 %.

La liquidité offerte par l’assurance-vie et la sécurité du fonds en euros ont annulé le caractère long terme de l’enveloppe. C’est pourquoi l’eurocroissance nous semble une bonne solution. Malheureusement, les conditions de taux actuelles limitent la marge de manœuvre des assureurs. Nous soutenons la proposition des compagnies visant à permettre les transferts d’actifs vers cette enveloppe en conservant le bénéfice de l’actif général, ce serait certainement un moyen de permettre le développement de l’eurocroissance.

Côté distribution, un effort de pédagogie sur nos produits doit également être mené. Aujourd’hui, la majorité des CGP et banques privées ne voient le Private Equity que comme un produit fiscal via les FIP et FCPI. Même sans réduction d’impôt, les fonds sans avantage fiscaux offrent des rentabilités comparables, voire supérieures. Pour les autres typologies de produits, la structuration de nos sociétés de gestion, composées en moyenne d’une quinzaine de personnes, ne permet pas de créer du lien avec des centaines de souscripteurs privés…

Globalement, il convient de faire évoluer les mentalités. Sur ce point, nous observons que les dirigeants d’entreprises ayant été accompagnés par des acteurs du capital-investissement ont bien compris son intérêt et investissent de manière personnelle dans nos fonds. Nous observons quelques initiatives de la part de banques privées notamment, au travers de fonds de fonds dédiés. Le FPCI est un bon véhicule d’investissement qui bénéficie d’une non-imposition de la plus-value à la sortie au bout de cinq ans.

Nous militons également pour que les FPCI puissent bénéficier du report d’imposition des plus-values, comme c’est le cas pour l’investissement en direct, lorsqu’un chef d’entreprise qui a cédé ses titres réinvestit dans une autre entreprise. Le FPCI permettant d’investir dans l’économie réelle, pourquoi ne serait-il pas traité comme les autres ?

Enfin, nous espérons également que la création du compte-épargne récemment annoncé par le gouvernement permettra de développer l’investissement dans les véhicules de capital-investissement.

  • Mise à jour le : 29/02/2016

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