Comgest_Monde_940x90_FR.gif

  Faire de ces mutations des opportunités

Par : Benoît Descamps

Stéphane Fantuz, président de la CNCIF (Chambre nationale des conseillers en investissements financiers), revient sur l’impact des FinTech sur la profession et dévoile comment son association accompagne ses adhérents dans ce mouvement.

 

Dans le même dossier

Quand la technologie bouscule la finance

Alain Clot (France FinTech) : « L’usage est le principal moteur de la disruption »

Bernard-Louis Roques (Truffle Capital) : « La place de Paris a sont mot à dire »

 

Profession CGP : Les FinTech sont-elles une menace ou une opportunité pour les CGPI ?

Stéphane Fantuz : Elles vont bousculer la profession, voire la menacer si ce sujet n’est pas pris en compte par les professionnels et leurs associations. Deux forces en présence sont en train de naître : l’une à caractère politico-économique, représentée par la Commission européenne qui a la volonté de mettre en place le Capital Market Union, l’autre à caractère technologique, qui est la force représentée par les nouvelles technologies de l’information et qui s’attaque au marché de la finance et de l’intermédiation.

A la confluence du client et des marchés se trouve le CGP qui se doit d’apporter un service toujours plus efficient.

Pour cela, il lui appartient, d’une part, de privilégier la dimension du conseil de son activité et, d’autre part, pour gagner la bataille face aux FinTech, de se munir des outils lui permettant de faire pour ses clients : leur bilan patrimonial, le suivi de leurs actifs dans le respect de la réglementation, de consolider les positions clients directement en connexion avec les OPCVM du marché et enfin de l’aider dans l’élaboration de ses allocations tout en prenant en compte l’aversion au risque de chaque client.

Une fois cette révolution accomplie, il lui restera à faire face à la robotisation galopante qui est en œuvre et qui permet, par exemple, au robot Watson de chez IBM d’avoir un diagnostic plus fiable que celui d’un médecin et aux robots, tels que ceux d’Aldébaran, de se substituer de plus en plus à l’humain. La voiture sans chauffeur était encore un doux rêve il y a quelques années. Aujourd’hui, on nous parle de 2020… C’est également notre rôle, d’anticiper les grandes mutations de notre profession.

PCGP : Quelles avancées pour la profession avez-vous relevées ?

S. F. : Les avancées seront celles de l’expertise, de la valeur ajoutée qu’un CGP pourra mettre en avant auprès de ses clients. C’est l’occasion pour chaque professionnel d’entrer dans un grand cycle pédagogique auprès des épargnants dont l’attente va évoluer dans les prochaines années. D’autant plus que le développement des technologies au service des particuliers - qui se sont habitués à voir à tout instant leurs comptes en ligne sur leur téléphone mobile - crée un niveau d’exigence plus fort. 65 % de la population active française sera « digital native » en 2025 et, dans le même temps, 84,6 % de la population pense que l’univers de la finance est compliqué et confus. A chacun d’entre nous de saisir ces mutations et d’en faire une opportunité.

PCGP : Comment accompagnez-vous vos membres dans cette révolution ?

S. F. : D’abord, nous avons pris en compte le sujet des FinTech lors de nos dernières assises, avec une conférence spécifique sur le sujet. Ensuite, nous rappelons à nos CGP qu’ils disposent d’un atout majeur : leur expertise provenant de leur formation initiale et de leur pratique qu’ils enrichissent au quotidien, constituant un socle difficilement remplaçable dans le cadre de leurs activités de conseil.

Pour autant, cela n’est pas suffisant. Nous les incitons à se pencher sur la question de la taille critique de leur cabinet, leur gamme d’outils dont ils doivent se doter pour faire face à l’attente de leurs clients, sur l’association avec d’autres CGP ou sur leur appartenance à un réseau qui leur apportent un accès sécurisé face à la multiplicité des produits florissants sur le marché, enfin sur leur positionnement (à l’image des professions médicales ou juridiques) en tant que CGP généraliste ou spécialiste d’un domaine leur permettant de se démarquer et d’optimiser leurs coûts. A nouveau, insistons sur les outils : ils automatiseront au maximum le suivi client, offriront aux CGP une vision en temps réelle de leurs avoirs et impliqueront ces derniers dans la mise à jour de leur dossier patrimonial.

PCGP : La réglementation doit s’adapter à ces nouveaux intervenants. Quel est votre positionnement ?

S. F. : Comment les CGP pourraient-ils suivre leurs clients tout en respectant la réglementation qui demande a minima un point annuel et de l’autre assister au développement des FinTech qui seraient exemptées du respect du même cadre réglementaire ? Nous exigeons et serons vigilants sur le fait que les FinTech, qui veulent s’adresser directement à l’épargnant, soient soumises au même niveau d’exigences réglementaires que celles qui incombent aux CGP.

PCGP : Certains de vos membres sont des FinTech : comment se passe la procédure d’adhésion ? Comment les suivez-vous, les contrôlez-vous ?

S. F. : La procédure d’adhésion est identique. Ils recherchent le statut de CIF, non pas parce qu’ils sont FinTech, mais parce qu’ils proposent une démarche de conseiller en investissement financier. Compte-tenu de l’absence d’un cadre réglementaire précis qui leur serait applicable, nous mettons en œuvre à ce jour la même procédure de contrôle que pour les autres CIF. Sans doute que l’AMF se penchera sur le sujet et demandera des contrôles spécifiques.

  • Mise à jour le : 25/04/2016

Vos réactions