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  Investir pour les générations futures

Par : edicom

D’ici 2050, le monde évoluera plus vite que jamais : la population mondiale passera de 7 à 9,3 milliards d’habitants (1), le pourcentage de personnes de plus de 65 ans doublera et plus de 70 % de la population mondiale sera urbaine (2). Si nous voulons qu’une croissance économique durable dans tous les pays accompagne cette évolution, un changement radical de notre modèle économique s’impose.

Si les estimations de croissance globale du PIB sont relativement positives (un taux annuel moyen de 3 %, d’ici 2050 (3)), elles ne tiennent pas compte de la raréfaction des ressources naturelles et de l’accroissement parallèle de la demande. Pour gérer ce problème, la solution passera par l’amélioration et le développement de technologies, de produits et de services qui contribueront à relever ces défis et à répondre aux besoins de la société.
Nous examinons ici deux des défis les plus critiques auxquels le monde est confronté, et la manière dont les entreprises peuvent contribuer à les relever : fournir de la nourriture de qualité à plus de 9 milliards de personnes et construire des centres urbains durables. 

 

Malnutrition et sous-nutrition : nourrir 9 milliards d’êtres humains 

En 2007-2008, et de nouveau en 2011, les prix des matières premières agricoles ont atteint des sommets, marquant ainsi la fin d’une période commencée au début des années 1970, période durant laquelle le prix réel des cultures vivrières (riz, blé et maïs) chutait d’année en année (4). 
Les raisons de cette inflation résultent de la combinaison de plusieurs facteurs : un accroissement de la demande en Inde et en Chine, un changement de régime alimentaire privilégiant des quantités de viande plus importantes au détriment des céréales, une utilisation accrue du maïs comme carburant et des facteurs externes à l’agriculture, tels que la chute du dollar américain. Plus simplement, le problème réside aujourd’hui dans le déséquilibre croissant entre l’offre et la demande. En outre, le changement climatique et son incidence sur la productivité agricole sont venus aggraver la situation. 
D’ici 2050, nous devrons augmenter la production de 70 % (5) pour pouvoir nourrir une population prévisionnelle de plus de 9 milliards de personnes. Pour la nourrir, il faudra accroître la production dans un environnement où les ressources naturelles se raréfient, en limitant au maximum la contamination de l’eau, l’érosion du sol ou la déforestation. Cela est possible, mais uniquement moyennant une augmentation significative de la productivité des ressources, couplée à une limitation des impacts environnementaux.
A cet égard, le secteur privé peut jouer un rôle déterminant en minimisant son empreinte écologique et en développant des technologies qui stimuleront les rendements, rendront les engrais et les pesticides moins nocifs pour l’environnement (par exemple, Yara International et K+S : producteurs d’engrais), contribueront à l’adaptation aux événements climatiques néfastes et accroîtront considérablement l’efficacité de l’utilisation de l’eau en développant des technologies d’irrigation ou d’épuration de l’eau (par exemple, Severn Trent PLC).
Le secteur privé peut également concourir à cet effort en gérant son impact sur la chaîne de valeur alimentaire, en minimisant le gaspillage de nourriture et l’utilisation d’eau, en intégrant et en transférant la technologie et le savoir-faire vers de petits agriculteurs et en mettant en place une politique d’approvisionnement responsable.  Aussi choquant que cela puisse paraître (cf. les deux graphiques ci-contre), alors qu’un milliard de personnes souffrent de faim chronique, un autre milliard est en surpoids (6). Les citoyens de l’UE, en fonction des pays, sont 30 à 70 % à être en surpoids, dont 10 à 30 % sont des adultes obèses (7). Parmi les sept facteurs de risques de décès précoce en Europe, six sont liés au régime alimentaire et au mode de vie (tension artérielle, cholestérol, surpoids, consommation insuffisante de fruits et légumes, inactivité et abus d’alcool)(8). Les maladies liées à l’obésité représentent 2 à 7 % des coûts du budget total de la santé publique dans les pays développés, soit un coût estimé à 170 milliards d’euros (9) pour l’UE. 
Si les entreprises agroalimentaires sont considérées comme faisant partie du problème, il est évident qu’elles font également partie de sa solution. Elles peuvent enrayer la tendance à l’obésité de manière significative en améliorant les niveaux nutritionnels, en formulant des produits adéquats et en minimisant les ingrédients nocifs, en suivant les conseils des experts nutritionnistes, en apposant des étiquettes claires et informatives et en menant une politique de marketing responsable. La plupart des groupes alimentaires européens ont déjà réduit la teneur en sel, sucre et graisses saturées de leurs produits. Citons par exemple Danone, Unilever et Nestlé. Ces trois sociétés ont été classées numéro un, deux et trois dans l’Access to Nutrition Index qui a récemment été créé (10) [un indice mondial de benchmarking sur les politiques nutritionnelles des grands groupes alimentaires, ndlr]. Les entreprises qui fournissent les ingrédients alimentaires, telles que Kerry en Irlande, Christian Hansen au Danemark ou encore Tate & Lyle au Royaume-Uni, ont également été impactées par la multiplication des réglementations qui les encouragent à utiliser des ingrédients sains et naturels. La qualité des emballages a, elle aussi, été améliorée. Les sociétés actives dans ce domaine sont, entre autres, Devro (Royaume-Uni) et Viscofan (Espagne). 
L’obésité et le diabète qui généralement l’accompagne sont également appréhendés par le biais des groupes pharmaceutiques. Par exemple, le groupe danois Novo Nordisk, leader mondial dans le traitement du diabète avec près de la moitié du marché, constitue une opportunité dans ce secteur. 

 

Vers une urbanisation durable 

Le siècle écoulé a connu une urbanisation rapide, puisque la proportion de personnes vivant dans des zones urbaines est passée de 13 % (220 millions) en 1900 à 29 % (732 millions) en 1950, puis à 49 % (3,2 milliards) en 2005 (11). D’ici 2050, plus de 6 milliards de personnes, soit les deux tiers de l’hu-manité, vivront dans des villes et centres urbains (12). 
Plus les citoyens sont nombreux à migrer vers des zones urbaines, plus la pression en faveur d’infrastructures et de services adéquats croît elle aussi : égouts, eau, électricité, transports, éducation et santé. Or, les zones urbaines génèrent 80 % des émissions de CO2 et elles consomment 75 % des ressources énergétiques dans le monde, alors même qu’elles ne couvrent que 2 % de la surface de la terre (13). 
Une ville durable doit répondre aux besoins du présent sans sacrifier la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins ; elle doit permettre à ses habitants de se nourrir sans épuiser la terre ou les ressources et de s’alimenter en énergie renouvelable. Cela implique un niveau élevé d’efficience énergétique, ainsi qu’une réduction de la pollution et des déchets.
Cela suppose aussi l’accès aux services de base (transport, logement, soins de santé, assurance des biens et des personnes), ainsi que la création d’opportunités professionnelles par l’éducation. 
Les pays qui ont su développer des centres urbains qui répondent à ces critères généreront probablement des opportunités d’investissement plus attrayantes que les autres. Les entreprises exposées aux secteurs impactés par l’urbanisation tireront probablement les bénéfices de cette évolution (14). C’est le cas de Suez Environnement, Pennon ou United Utilities (gestion de l’eau et des déchets), Firstgroup (transports en commun), Eurotunnel (transport durable), Allianz, Legal & General ou Axa (assurance et protection des personnes et de leur environnement), Rhoen Klinikum, Orpea, Medica (développement d’infrastructures sanitaires et d’habitations dédiées aux personnes âgées). 
Si nous n’agissons pas, d’ici 2050, nous perdrons encore 10 % de biodiversité terrestre et 13 % de zones forestières matures. Plus de la moitié des habitants de la planète pourraient vivre dans des zones en situation de stress hydrique.
Selon l’IFPRI (International Food Policy Research Institute, ifpri.org), le stress hydrique pourrait, à lui seul, mettre en danger près de 63 000 milliards de dollars [45 693 milliards d’euros, ndlr] de l’économie mondiale, d’ici trente-neuf ans. Ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres. En choisissant d’investir dans les entreprises qui développent les produits et/ou services nécessaires pour relever les nombreux défis qui nous attendent, nous tentons de contribuer à l’amélioration des conditions de vie, tout en préservant la croissance économique future.

 

Anne Froideval, gérante du fonds BNP Paribas Développement Humain de BNP Paribas Asset Management

Notes :
1. Fonds des Nations unies pour la population, www.unfpa.org 
2. Perspectives de l’environnement de l’OCDE à l’horizon 2050 : Synthèses www.oecd.org/fr/env/indicateurs-modelisation-perspectives/49884240.pdf 
3. Ward Karen (janvier 2012), “The World in 2050: From the Top 30 to the Top 100”, HSBC Global Research 
4. The Economist, “The 9 billion-people question”, 24 février 2011. 
5. FAO (octobre 2009), “How to Feed the World by 2050”, Technical Paper. www.fao.org 
6. Organisation mondiale de la santé (OMS), “Obesity and Overweight”, www.who.int/dietphysicalactivity/media/en/gsfs_obesity.pdf 
7. OMS, Europe, “Obesity: Facts and figures”. 
8. Commission européenne, « Santé publique : alimentation et activité physique », ec.europa.eu/health/nutrition_physical_activity/policy/index_fr.htm 
9. Ljungqvist O. & de Man F. (2009). “Undernutrition – A major health problem in Europe”. Nutr Hosp 24 : 368-370 
10. www.accesstonutrition.org 
11. www.accesstonutrition.org 
12. Idem. 
13. Lamia Kamal-Chaoui and Alexis Robert (eds.), (2009), « La compétitivité des villes et le changement climatique », OCDE. 
14 “Opportunities in an urbanizing world”, Credit Suisse Emerging Market Research Institute

 

  • Mise à jour le : 26/08/2014

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