Gestion active : vers plus d’expertise technique et de performance
Par David Benamou, associé-gérant et directeur des investissements d’Axiom AI
Au cours des quinze dernières années, la gestion active a perdu des parts de marché pour ne représenter que 45 % des actifs gérés en 2023, contre 60 % en 2010. En Europe, le contexte des taux négatifs a eu pour conséquence de braquer les projecteurs sur la gestion passive synonyme de moindre coût, les actifs non cotés pour aller capter leur prime d’illiquidité et les produits structurés, dont les promesses de performances étaient souvent plus attractives que la gestion collective traditionnelle. La baisse des parts de marché de la gestion active est restée cependant très mesurée, comparée aux USA où la tendance continue de s’accélérer.
Est-ce à dire que la gestion active est appelée à disparaître des allocations d’actifs ? Nous ne le pensons pas. Les efforts de transparence sur les coûts de la gestion/performance, la régularité de la surperformance par rapport aux indices de référence, la recherche d’expertises sectorielles ou thématiques devraient redessiner progressivement le paysage de la gestion active au profit de solutions thématiques, sectorielles ou alternatives.
Le paysage de la gestion collective se redessine progressivement depuis quinze ans
De 2010 à 2023, la répartition des actifs sous gestion dans le monde s’est nettement transformée (cf. graphique ci-contre). Le grand perdant : la gestion active, dont le poids dans les allocations globales a baissé au profit de la gestion passive, de la gestion alternative et des solutions (produits structurés, fonds de pension et autres formes de gestion collective).
L’Europe se distingue toutefois nettement des Etats Unis où la gestion passive a une part plus importante dans les allocations globales et continue de progresser rapidement contrairement à l’Europe (cf. graphique « Répartition des encours Europe versus Etats-Unis »).
La pression à la baisse des coûts a joué un rôle clé
Depuis 2018, l’Europe a connu une multiplication d’initiatives réglementaires visant à renforcer la transparence des coûts dans la gestion collective et l’assurance-vie.
MiFID II (Markets in Financial Instruments Directive II), entrée en vigueur en janvier 2018, impose aux gestionnaires d’actifs de fournir aux investisseurs des informations claires et détaillées sur les coûts des produits financiers. Priips (Packaged Retail and Insurance-based Investment Products) exige la fourniture d’un document d’information-clé (KID) aux investisseurs particuliers, détaillant les coûts, les risques et les performances potentielles des produits d’investissement. La directive Ucits V (Undertakings for Collective Investment in Transferable Securities) a, quant à elle, renforcé les obligations de divulgation pour les fonds d’investissement. Dans le secteur de l’assurance-vie, la directive Solvabilité II a exigé une divulgation plus détaillée des risques et des coûts associés aux produits d’assurance. Cet empilement de réglementations s’est accompagné dans certains pays d’initiatives d’associations professionnelles (Value for Money en France) visant à réduire les frais de gestion des OPCVM.
Ces initiatives, qui ont placé les coûts au centre des préoccupations des allocataires d’actifs et des plateformes, ont relégué la performance à un second rang. C’est globalement la gestion passive et les produits structurés, dont la structure des coûts est moins bien capturée par la réglementation actuelle que la gestion collective traditionnelle, qui en ont profité.
La gestion active sectorielle ou thématique a tiré son épingle du jeu
Les stratégies sectorielles ou thématiques se sont développées au cours des dernières années à la faveur de changements macroéconomiques ou réglementaires.
La dette privée, les obligations du secteur financier, les FinTechs, la robotique, l’intelligence artificielle et tant d’autres thèmes ont pris une place à part entière dans la gestion active. Le succès de ces stratégies actives auprès des investisseurs a des causes variées : un contexte macroéconomique particulier (les taux négatifs ont, par exemple, favorisé le développement des fonds de dette privée), la réglementation (la Sustainable Finance Disclusure Regulation a favorisé le développement des fonds ESG avec des thèmes variés) ou encore une opportunité sectorielle (le secteur bancaire européen au sortir de la période de taux négatifs).
Si le succès de ces stratégies actives est souvent lié à des facteurs exogènes (cycle macroéconomique ou réglementation), il repose également sur la mise à disposition de l’expertise de l’équipe de gestion au profit des investisseurs (analyses sectorielles ou de certains émetteurs) et la surperformance réalisée.
A titre d’illustration, l’exposition au secteur bancaire européen représente environ 10 % de la capitalisation boursière européenne. Il est possible de s’y exposer via des fonds indiciels actifs, des ETF ou des fonds spécialisés. Le recours à des fonds spécialisés permet généralement de réaliser une performance nette supérieure. Dans le cas d’Axiom Européen Banks Equity (cf. graphique ci-contre), c’est 149 % de surperformance nette par rapport à l’indice bancaire depuis 2019. Même pour les grands acteurs généralistes, c’est aussi la performance qui demeure la clé de la croissance des actifs sous gestion.
En conclusion, dans ce contexte de transparence accrue des coûts de gestion, de concurrence accrue de la gestion passive, la performance et l’expertise sectorielle ou thématique seront les principaux facteurs clés de succès de la gestion active dans les années à venir.
Nous pensons cependant que le bon sens devrait à terme l’emporter. La transparence apportée par ces initiatives devrait replacer la performance au cœur des préoccupations des allocataires d’actifs.
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