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  La promesse de la blockchain

Par : edicom

Par les équipes de gestion de Fidelity

La blockchain laisse entrevoir des gains d’efficience considérables dans la finance, avec aussi d’éventuelles répercussions dans d’autres secteurs. Les grands acteurs historiques suivent de près les évolutions et pourraient chercher à acquérir des start-up développant des solutions de blockchain. Toutefois, les investisseurs doivent étudier soigneusement les horizons à long terme et les défis techniques entourant ce thème qui court actuellement le risque d’être surmédiatisé.

Il y a trois ans, le bitcoin, une devise numérique méconnue, a connu un véritable envol qui a porté sa valeur d’environ 15 $ [près de 13 €, ndlr] la pièce en début d’année à un peu moins de 1 000 $ [près de 848 €, ndlr] à la fin. Il a fait la fortune d’anarcho-capitalistes convaincus et chanceux, qui y ont vu une façon de révolutionner l’économie en supplantant l’argent contrôlé par l’Etat, avant que cette fortune ne s’évapore pour beaucoup au cours de la chute du bitcoin, retombé à environ 220 $ [près de 187 €, ndlr] début 2015.

La blockchain supplante le bitcoin comme fer de lance des espoirs de la FinTech

La volatilité du bitcoin reste un frein à son adoption généralisée comme devise. Toutefois, la grande couverture médiatique de la blockchain, qui est le registre crypté distribué à l’origine de la création du bitcoin, a éclipsé le succès de cette nouvelle devise car certains pensent que le registre distribué peut créer d’importantes économies dans les services financiers. Le capital-risque inonde le secteur. Paradoxalement, compte tenu des origines contestataires de la blockchain, ceux qui investissent aujourd’hui le plus dans cette technologie sont des banques qui ont formé un consortium international (R3) comptant quarante-deux membres et faisant la promotion de son développement. Les dépenses des marchés financiers dans la technologie blockchain devraient atteindre 400 millions de dollars [près de 339 millions d’euros, ndlr], d’ici 2019.

Une révolution des bases de données

L’architecture blockchain permet un partage instantané d’informations cryptées et centralisées. Actuellement, les bases de données sont logiquement décentralisées et physiquement centralisées. Les entreprises ont des bases de données physiquement séparées, protégées par un réseau de sécurité, mais stockant les informations non cryptées. L’utilisation de serveurs indépendants implique que lorsque des informations sont partagées, par exemple pour traiter des opérations financières, les données doivent être vérifiées de manière indépendante. Néanmoins, le coût du rapprochement de plusieurs ensembles des mêmes données s’élève à des dizaines de milliards de dollars chaque année dans le secteur des services financiers mondiaux.

En revanche, une blockchain, ou registre distribué, est logiquement centralisée et physiquement décentralisée. L’information est accessible dans un registre central, via différents nœuds. Les données sont accessibles plus ou moins instantanément, et peuvent être répliquées entre les parties en temps réel. Elles sont aussi cryptées, ce qui signifie qu’elles sont protégées par des démonstrations mathématiques qui empêchent toute corruption du registre de propriété et des transactions. Les blockchains peuvent être publiques, comme dans le cas de la chaîne bitcoin, ou privées, et dans ce cas, seuls certains participants sont autorisés à y accéder.

Avantages potentiels pour les services financiers

Un grand nombre de valeurs mobilières se négocient toujours « à l’ancienne », par l’intermédiaire de contrats entre acheteur et vendeur. Le délai de règlement moyen des prêts syndiqués est toujours d’environ vingt jours, alors que le coût total des activités de compensation, de règlement et de gestion post-exécution dans l’industrie mondiale des services financiers est compris entre 65 et 80 milliards USD par an.

Grâce à des réseaux décentralisés de paiement et de règlement, les banques pourraient économiser des milliards de dollars par an (15-20 milliards à partir de 2022, selon une estimation de Santander) en améliorant et en externalisant le service de règlement back-office, souvent lent et inefficace. Les graphiques ci-dessous illustrent le type d’activités financières pouvant bénéficier de l’adoption de registres distribués.

Des start-up utilisant la blockchain pourraient faire leur apparition en dehors des grands marchés financiers d’ici dix-huit à vingt-quatre mois, mais, il faudra probablement bien plus de temps (plus de dix ans) avant que les efforts collaboratifs de modernisation des infrastructures des données financières portent leurs fruits. Cependant, des coups de pouce réglementaires pourraient encourager son développement, car les régulateurs s’intéressent aux infrastructures de marché réduisant les coûts pour les consommateurs et limitant les risques opérationnels et systémiques. Il faut donc garder ces horizons à l’esprit lorsque l’on envisage d’investir dans des opportunités en lien avec l’adoption de cette technologie.

Rupture au niveau de la tarification numérique

Si l’initiative de la blockchain prend forme, elle pourrait contribuer à un accroissement des bénéfices dans tout le secteur financier et à des gains importants pour les consommateurs sous la forme de baisse des frais des produits financiers. Mais les registres distribués pourraient aussi avoir des répercussions sur les autres marchés. La distribution en ligne a gagné une immense part de marché ces vingt dernières années, mais la blockchain pourrait améliorer encore cette tendance en permettant le partage d’informations et les opérations d’achat et de vente instantanés pour de nombreux produits et services.

Les registres distribués pourraient contribuer à la vente sur Internet de nombreux produits à bas coût que l’on avait auparavant renoncé à commercialiser en raison d’un coût de collecte du paiement supérieur au prix même du produit. Par exemple, si les lecteurs des sites de presse pouvaient payer instantanément, les médias auraient moins de mal à monnayer les contenus et éviteraient à chacun la charge et le coût d’un abonnement annuel. De la même façon, la technologie blockchain pourrait faciliter le développement d’échanges de musique, les paiements pour des titres uniques pouvant être réalisés directement auprès des artistes au lieu de passer par des plateformes médias, ce qui profiterait directement à la communauté des créateurs et aux consommateurs finaux en évitant les intermédiaires. Concernant l’utilisation plus globale de la blockchain dans la distribution, l’Américain Overstock.com envisage de l’intégrer dans son activité de distribution, et d’autres entreprises lui emboîteront sûrement le pas.

Les synergies avec l’Internet des objets pourraient être particulièrement importantes. Samsung et IBM ont dévoilé en début d’année le prototype d’Adept, un système utilisant des éléments du concept sous-jacent du bitcoin pour construire un réseau distribué d’appareils, une sorte d’Internet des objets décentralisé. Adept montrait comment une machine à laver peut devenir un « appareil semi-autonome capable de gérer son propre approvisionnement consommable, d’effectuer son propre entretien et sa maintenance, et même d’interagir avec d’autres appareils ». Les appareils connectés via la blockchain pourraient donc être à la prochaine étape des progrès fulgurants des technologies informatiques.

Obstacles à son adoption

L’un des problèmes pour les développeurs de la blockchain sera probablement l’élargissement des capacités du réseau. Le registre en système fermé sur lequel repose le bitcoin fonctionne relativement bien, comme le montre en partie la croissance régulière de la taille de la blockchain du bitcoin. Même s’il est possible de négocier et de régler d’autres titres via ce type de registre, l’admission de millions de participants supplémentaires impliquerait une augmentation marquée de la capacité du réseau. Visa traite en moyenne près de deux mille transactions par seconde (t/s) ; le réseau bitcoin est quant à lui limité à 7 t/s, en raison de la taille maximale des blocs de 1 Mo.

Les frais de change sont aussi problématiques. La communauté du bitcoin s’interroge actuellement quant au futur rôle de cette devise en tant que possible monnaie d’échange (et dans ce cas la nécessité de capacités accrues) ou au contraire comme réserve de valeurs ultra-sécurisée et rare, avec une utilité relativement limitée comme moyen d’échange. Mais l’élargissement du réseau et l’inclusion de nouveaux actifs pourraient coûter cher, tout en étant source de complexités. Comme l’a noté Chris Whalen de Kroll Bond Rating Agency, « La vraie question semble être de savoir si des types de réseaux plus complexes peuvent être développés pour apporter la fonctionnalité et l’efficacité apparente de la blockchain et éviter certains des coûts directs et indirects du système de paiement et de compensation actuel ».

Et même si les grandes banques et les chambres de compensation semblent adopter la blockchain, il s’agit peut-être plutôt d’une mesure défensive et non d’un accueil à bras ouverts. Comme le souligne le magazine Wired, la DTCC américaine (Depository Trust & Clearing Corporation), l’organe qui supervise l’ensemble du système de règlement américain et qui est notamment codétenu par les plus grands groupes de Wall Street, et le secteur qu’elle représente « adoptent une technologie qui pourrait les renverser ». Si elle est suffisamment développée, la blockchain pourrait en fin de compte éliminer la raison d’être de la DTCC.

Une innovation qui devrait profiter aux acteurs historiques

Dans le contexte des services financiers, le développement de la blockchain devrait constituer une évolution plus qu’une révolution. Une quantité croissante de capital-risque finance l’aventure de la blockchain, et son application dans la finance pourrait se traduire par des gains d’efficacité, des entreprises plus rentables et des coûts plus faibles pour les consommateurs. La finance n’a globalement pas été affectée par la grande révolution de l’Internet de ces trente dernières années, et de nombreuses fonctions dans ce secteur reposent toujours sur des pratiques étonnamment désuètes. La blockchain permet une comptabilité double instantanée, ou comme l’a décrit un entrepreneur : « l’équivalent de l’email dans le monde de l’argent ». De nombreuses fonctions actuelles, que les entreprises financières considèrent comme nécessaires à leurs opérations, pourraient être considérablement rationalisées dans les quinze prochaines années. Toutefois, comme les acteurs historiques du secteur jouent un rôle important dans son développement, via le consortium R3 par exemple, ils devraient en être les principaux bénéficiaires à la place des innovateurs, contrairement à ce qui s’est passé dans le secteur technologique. Au-delà de la finance, le développement de la blockchain pourrait être une aubaine pour différents secteurs, et contribuer au succès des start-up et des développeurs historiques. Son utilisation pourrait entraîner des synergies avec les applications de l’Internet des objets, si la nouvelle architecture des bases de données parvient à accélérer le développement d’appareils « intelligents ».

Cependant, les investisseurs doivent se méfier à la fois du caractère spéculatif du paysage actuel des investissements dans la blockchain (dominé par le capital-risque) et des difficultés techniques engendrées par les projets de transformation d’une idée (actuellement uniquement testée avec le bitcoin) en une véritable plate-forme globale. La sélection des valeurs et l’analyse des tendances du secteur seront déterminantes pour identifier les gagnants potentiels à long terme.

  • Mise à jour le : 25/01/2018

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