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  Bernard Le Bras (Suravenir) : l’entrepreneur devenu assureur

Par : Benoît Descamps

Au sein du groupe Arkéa, Bernard Le Bras poursuit son ascension d’assureur et dirige désormais l’ensemble des filiales « produits » du groupe : assurances, asset management et immobilier. Garder le cap, tenir ses engagements et innover sans cesse, tels sont les maîtres mots qui ont guidé son brillant parcours.

Comme tous les autres assureurs, Bernard Le Bras n’était pas conditionné pour le devenir. Mais comme tous les assureurs, il s’est pris de passion pour ce métier au sein duquel « on rentre par hasard, on touche à tout et on ne s’ennuie jamais, même si la matière actuarielle reste la même et qu’on ne réinvente pas l’assurance-vie ».

Plutôt attiré par la finance au sens large, ce Breton d’origine fait ses études à HEC, avec comme option « entrepreneur ». « Je souhaitais m’ouvrir l’éventail le plus large possible : avoir une vision large de l’entreprise et des différents métiers que j’allais pouvoir exercer plus tard ».

Découvertes

A la fin de ses études, parmi les différentes propositions d’emploi qui s’offrent à lui, une attire son attention. Il s’agissait de faire le tour des services des AGF durant un an. « En contrepartie de départs à la retraite anticipée, les AGF pouvaient recruter de jeunes diplômés », précise Bernard Le Bras. Il doit alors réaliser quatre passages de trois mois dans quatre directions différentes : assurance-vie individuelle, direction financière, assurances dommages des entreprises et assurances collectives.

La première étape sera la bonne. « Je n’ai pu finir le quatrième trimestre aux assurances collectives car Jean-François Debrois, alors dirigeant d’AGF Vie, m’a proposé de créer le département marketing pour le lancement d’un produit retraite souscrit par une association d’épargnants et exonéré de taxe sur l’assurance. Jean-François Debrois m’a beaucoup appris : très brillant, il a logiquement accédé au poste de directeur général des AGF ».

Indispensable technique

Quelques années plus tard, il « traverse la rue La Fayette à Paris » pour intégrer Gan Vie, où il étend ses fonctions de responsable marketing à d’autres domaines de l’assurance. Y compris l’épargne-retraite. Il prend en charge l’assurance-vie individuelle et collective et l’assurance santé. Entre-temps, il renforce ses compétences en passant le CEA pour devenir actuaire spécialisé sur l’impact financier du risque car « la composante technique reste majeure. Avec cette double compétence, je suis un commerçant devenu actuaire, ce qui me permet de concilier le développement et la rentabilité ».

Il effectue un bref passage chez Gan Vie, et il intègre rapidement la société d’assurance Winterthur Vie, appartenant à un groupe suisse, où il opère sous la double casquette de responsable marketing et produit, et met ainsi en œuvre ses compétences actuarielles. Chez Winterthur Vie, qui sera ensuite acquis par Axa, il prend en charge l’ensemble de la dimension produit : du back-office à la distribution des solutions auprès de courtiers, CGP et agents généraux.

Intrapreneuriat

En 1995, il prend la direction de la compagnie La Perennité au sein du groupe Crédit mutuel Nord Europe (CMNE), qui deviendra ensuite ACMN Vie, et dont il sera le président-directeur général. « La bancassurance commence à se développer à l’époque », précise-t-il. Il y rencontre François d’Hennezel, qui lui apporte une grande confiance et beaucoup d’autonomie, et dont il loue la constance dans la stratégie.

Chez ACMN Vie, Bernard Le Bras passera quinze années avec un fort développement : la société passe de douze à deux cent quatre-vingts collaborateurs. Il y crée l’ensemble des activités d’assurance : assurance-vie, assurance non-vie, ainsi qu’une compagnie luxembourgeoise. « J’ai pu boucler la boucle avec mes envies d’entrepreneuriat en créant au final une belle petite PME grâce à une grande autonomie de fonctionnement, de l’innovation et la possibilité d’aborder les ressources humaines, le commercial, l’informatique, le marketing… »

Le développement de la société passe alors par les réseaux de distribution internes, mais aussi externes, avec notamment la création d’un des premiers contrats Internet, les partenariats et réseaux de CGP, mais aussi un développement en dehors des frontières françaises, en Belgique et au Luxembourg.

Puis, le groupe CMNE décide de recentrer sa stratégie sur la distribution bancaire. C’est alors qu’il intègre Arkéa pour prendre en charge Suravenir, dont il devient le directeur exécutif en 2011, puis le président du directoire depuis mai 2012. « Ce que j’avais développé chez ACMN Vie correspondait à leur stratégie de développement. Et j’ai retrouvé chez Ronan Le Moal l’autonomie et la constance dans la stratégie que m’avait apportées François d’Hennezel. » Le Breton retrouve donc sa terre natale, à vingt minutes d’où il a grandi, à Landivisiau, entre Brest et Morlaix.

Une collecte doublée

En sept années de développement, Suravenir multiplie par deux la taille de sa collecte annuelle, passant de 2,2 à 4,4 milliards d’euros. Grâce aux distributeurs en ligne, la collecte explose : de 250 millions d’euros via uniquement Fortuneo, Suravenir collecte désormais 1,3 milliard d’euros par an par le biais d’une vingtaine de partenaires. La société tire également profit de certains partenariats forts comme celui mis en place avec Primonial qui est aujourd’hui dans le trio de tête des distributeurs de Suravenir. « J’y ai retrouvé André Camo, mon homologue dans l’immobilier au sein du groupe CMNE. J’ai, en effet, apporté ma culture du partenariat, alors que le précédent accord datait de 2008 », précise Bernard Le Bras.

Rapidement après son arrivée, le contrat Sérénipierre est lancé, avec le célèbre fonds en euros Sécurité Pierre Euros ; puis Suravenir « récupère » de nombreux partenariats conclus par Bernard Le Bras lors de ces quinze années chez ACMN Vie : Linxea, Hedios, Altaprofits, MonFinancier…

Innover

Puis Suravenir se positionne comme un partenaire majeur de l’univers des FinTechs, avec des contrats mis en place avec Yomoni, Grisbee ou encore WeSave. Récemment, Suravenir a également innové en lançant, en mai dernier, Scala Life, un contrat d’assurance-vie dédié au cabinet Scala Patrimoine dont les supports sont des ETF et des OPCVM en clean shares.

Parallèlement, la filière Vie Plus dédiée aux CGP est redéployée. Sa collecte annuelle bondit de 200 millions d’euros à 900 millions l’an passé. « Nous n’avons quasiment pas changé l’équipe, mais nous avons redynamisé notre offre en faisant évoluer nos contrats en les digitalisant et en y apportant des services complémentaires, comme récemment la gestion profilée thématique. Au sein du groupe Arkéa, nous maintenons le cap chez Suravenir : nous avons une stratégie qui reste constante sans changement de communication ou dans l’organisation commerciale, avec toujours une forte présence en région et une approche par le service et la qualité du back-office. Nous tirons parti de cette constance et tenons nos engagements, même si on ne peut pas toujours être les meilleurs. Contrairement à d’autres groupes qui doivent gérer leur décroissance, nous sommes en plein développement ! »

Une croissance équilibrée entre le réseau bancaire du groupe, la distribution Internet et la distribution externe. « Il est fondamental d’avoir un bon équilibre entre ces trois piliers », se félicite Bernard Le Bras.

Des fonctions élargies

Plus récemment, Bernard Le Bras s’est vu confier la gestion de l’ensemble des filiales de production (assurances, asset management et immobilier) et est membre du Comex du groupe Arkéa. En devenant le patron de l’ensemble des structures « produits », Bernard Le Bras renforce les synergies entre les entités, mais aussi en termes de distribution. « Par exemple avec Arkéa Immobilier Conseil : sa plate-forme de sélection de SCPI en architecture ouverte, avec souscription totalement digitalisée, est proposée en marque blanche et utilisée par certains de nos partenaires en ligne, comme Grisbee et Linxea ».

S’agissant de l’asset management, Bernard Le Bras est persuadé que l’avenir des sociétés de gestion réside dans le développement des mandats d’arbitrage en assurance-vie. « Les encours y sont plus stables et la collecte plus régulière. Cette solution est plus pratique pour le CGP et son client ».

Durant sa carrière, Bernard Le Bras a traversé les différentes crises immobilières et financières. « En assurance, nous opérons sur le très long terme. Avec le recul, l’assurance-vie a pu traverser ces crises sans dommage. Ces moments de forte tension sont aussi des occasions de saisir de belles opportunités ». Pour autant, il reste perplexe quant à l’impact de l’évolution des taux sur l’assurance. « Si dans les années 1980 et 1990, on pouvait aisément se projeter sur le rendement des fonds en euros, la baisse des taux – qui a permis à l’assurance-vie de formidablement se développer – est aujourd’hui arrivée à son terme. Un assureur-vie vivant n’a jamais connu de contexte de hausse des taux, encore moins une remontée brutale. Or, heureusement la collecte nette des fonds en euro est faible, voire négative, ce qui permet de ne pas diluer les rendements ».

Et demain…

L’assurance-vie demeure une matière en perpétuel mouvement, notamment au niveau des supports d’investissement avec les lancements récents de la gestion pilotée thématique chez Vie Plus, du Private Equity… « Nous pensons compléter notre gamme avec des solutions autour de l’immobilier, du vieillissement de la population, des infrastructures… S’il reste un produit attractif pour les épargnants les plus prudents, je reste convaincu que la quote-part du fonds en euros va se réduire d’année en année. L’assurance-vie doit également se digitaliser avec l’appui des FinTechs, comme nous avons pu le faire avec Yomoni. Cet écosystème nous apporte l’agilité que les grands groupes ne peuvent avoir. »

Suravenir compte prochainement mettre à disposition des CGP l’outil MaSuccession, dont Arkéa est d’ailleurs au capital. Cette solution permet de calculer les frais de succession d’un foyer et de proposer les pistes de mesures à prendre pour réduire les droits de mutation à titre gratuit. « S’il concerne bien l’assurance-vie, cet outil va plus loin dans les solutions proposées. Notre groupe n’aurait pu développer seul un tel service. Dans cinq, dix ou quinze ans, nous ne parlerons plus de FinTech, mais d’outils de place en BtoB ou d’acteur de la distribution. Les canaux de distribution devraient progressivement se rapprocher dans leurs process et modes de fonctionnement, tout en gardant leurs spécificités ».

Bernard Le Bras se veut également optimiste quant au développement du nouveau produit d’épargne-retraite issu de la loi Pacte. « Si nous n’avons jamais cru à l’eurocroissance, nous sommes confiants vis-à-vis de ce nouveau produit d’épargne, car nos réseaux de distribution ont l’expérience du Perp. Nos partenaires sont d’ailleurs impatients que nous lancions notre offre ! »

Passionné par sa profession, Bernard Le Bras souhaiterait que l’activité des assureurs soit mieux reconnue par le grand public. « Nous devons expliquer que l’assurance-vie joue son rôle dans le financement de l’économie. Les assureurs-vie sont des financeurs majeurs de l’Etat : ils investissent dans l’économie réelle, les PME, l’immobilier de santé, et demain plus largement encore. L’ISR doit être davantage mis en avant. Je souhaite que nous contribuions à ce que le rôle de l’assurance-vie dans l’économie soit mieux partagé ».

 

Quelques dates clés
Naissance

Le 27 juin 1958 en Bretagne.

Formation

1981 : diplômé d’HEC.
1988 : diplômé actuaire, spécialiste de l’impact financier du risque.

Parcours

De 1983 à 1987 : responsable marketing chez AGF Vie.
De 1987 à 1990 : responsable de produit chez Gan Vie.
De 1990 à 1995 : responsable actuariat, puis directeur vie de Winterthur Vie.
De 1995 à 2004 : président et fondateur de Vie Services ; président d’ACMN IARD et président d’ACMN Vie et directeur général de La Pérennité.
De 2004 à 2011 : président du directoire du Holding Nord Europe Assurances (CMNE).
De juillet 2011 à mai 2012 : directeur exécutif de Suravenir, filiale du Crédit mutuel Arkéa.
Depuis mai 2012 : président du directoire de Suravenir.
Depuis mai 2016 : Directeur du pôle produits et membre du Comex d’Arkéa.

  • Mise à jour le : 27/06/2019

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