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  L’inégalité homme-femme n’épargne pas le patrimoine

Par : Benoît Descamps

En matière patrimoniale, la parité homme-femme n’est pas de mise. La faute à des parcours professionnels plus chahutés et des niveaux de rémunérations moins élevés. En conséquence, le patrimoine que les femmes cultivent tout au long de leur carrière, jusqu’au passage à la retraite d’ailleurs souvent craint, se révèle bien moindre. Si le sexe ne semble avoir aucune incidence sur l’aversion au risque d’un individu, la gent féminine se montre plus prudente encore
en période de crise.


Intitulée « Quels facteurs pour expliquer les écarts de patrimoine entre hommes et femmes en France ? » et réalisée par Carole Bonnet, Alice Keogh et Benoît Rapoport, une étude de l’Insee a été publiée en décembre dernier. Elle s’appuie sur les données des enquêtes Patrimoine 2004 et 2010. Comme l’indiquent les auteurs, « il existe une importante littérature analysant les écarts de salaire ou de retraite entre sexes. En revanche, les inégalités de patrimoine restent un sujet relativement peu exploré. Or, la richesse est un indicateur important de bien-être économique, que l’on s’intéresse aux inégalités dans la population dans son ensemble ou, plus spécifiquement, aux inégalités au sein du ménage. » L’étude révèle que le patrimoine brut moyen de l’ensemble des hommes est supérieur d’environ 15 % à celui des femmes. 

Un patrimoine inférieur

En cause : l’écart de revenu

Plusieurs raisons permettent d’expliquer cette différence non négligeable. La première, et de loin la principale, repose sur les écarts de revenu entre les sexes liés aux moins bonnes trajectoires professionnelles des femmes qui connaissent davantage d’interruptions durant leur carrière, d’une rémunération moindre (temps de travail réduit, difficultés d’accès aux emplois les mieux rémunérés ou ségrégation professionnelle). En ressort donc une capacité plus grande à épargner chez les hommes. La deuxième est l’aversion au risque plus forte. Les femmes se constituent une plus importante épargne de précaution pour se prémunir contre les risques futurs (chômage, maladie, etc.). Elles privilégient davantage les actifs moins risqués, dont au potentiel de gain plus faible. Néanmoins, à bien des égards, cette aversion féminine au risque semble discutée et doit être mise en relief par rapport à d’autres éléments, comme l’éducation, le modèle familial… De plus, l’impact sur le niveau de patrimoine apparaît limité (au plus 10 % des écarts de patrimoine).
La troisième est constituée des « transferts reçus » : héritages, donations, mais aussi lors de mariage ou de divorce, et la valorisation au fil du temps.

 

Un écart qui se creuse au fil du temps

Il apparaît également qu’au fil des âges, les écarts de patrimoine se développent entre hommes et femmes, l’effet cycle de vie. Surtout, ce sont les femmes divorcées avec enfant(s) qui sont les plus pénalisées.

 

Moins attirées par les actifs financiers

Lorsqu’on décompose le patrimoine, on constate que les écarts sont beaucoup plus forts pour les actifs financiers (environ 37 %) que pour le patrimoine immobilier (4 % pour la résidence principale en 2010) qui constitue la part la plus importante de la richesse des ménages. Cette différence s’explique par une détention de la résidence principale très souvent à parts égales au sein des couples. L’écart est donc particulièrement important pour les valeurs mobilières (actions et obligations), les hommes en détenant deux fois plus. En tenant compte des biens mobiliers et immobiliers, le patrimoine des hommes est de 12 à 15 % plus élevé que celui des femmes.

 

Des différences selon le statut matrimonial

Lorsque l’on observe ses différences selon le statut marital, ce sont chez les veufs et les veuves que les différences sont les plus marquées, de même, mais de façon moins prononcée, que pour les personnes en couples, tant mariées que cohabitantes. Pour les veufs, on constate en particulier de larges différences sur le montant du patrimoine immobilier : non seulement ils détiennent plus souvent leur logement que les veuves, mais le montant moyen des actifs immobiliers qu’ils possèdent est plus important. Deux raisons peuvent expliquer ce constat. Le veuvage ne touche pas des femmes et des hommes aux caractéristiques identiques, et la mortalité différentielle est plus importante pour les hommes que pour les femmes : les populations des veufs et des veuves ont donc des caractéristiques différentes.
Enfin, les personnes veuves vivant seules appartiennent à des générations plus anciennes. Une division sexuée du travail plus forte dans ces générations étudiées peut avoir conduit les femmes à disposer de moins de patrimoine et pourrait donc expliquer des écarts plus importants que pour les autres statuts matrimoniaux. En revanche, l’étude ne constate pas de différence entre hommes et femmes pour les célibataires vivant seuls. Cela résulte certainement d’une population d’individus plus jeunes (40 ans en moyenne en 2004 et 41 ans en 2010), donc moins avancés dans leur accumulation patrimoniale. Aussi, cela tient au statut socioprofessionnel des personnes célibataires vivant seules : dans cette catégorie sont davantage représentées des personnes non qualifiées chez les hommes et, en revanche, parmi des individus plus qualifiés chez les femmes. 

Fragilisées à la retraite

En mars 2014, le Cercle des épargnants réalisait sa Lettre (n° 92) sur les femmes et la retraite en s’appuyant sur les résultats de son étude « Les Français, l’épargne et la retraite », réalisée par le CSA, avec le concours du Cecop. Plusieurs données permettent de démontrer la fragilisation financière des femmes lors du passage à la retraite.
En effet, leurs pensions sont généralement inférieures de 20 % par rapport à celle des hommes, d’où une plus grande inquiétude et davantage de réalisme que les hommes sur l’estimation de leur future pension. La retraite apparaît comme un réel sujet d’inquiétude chez 75 % des femmes (29 % sont très inquiètes), contre 59 % des hommes, et seules 13 % se montrent confiantes. Un niveau de crainte qui augmente puisqu’en 2010, elles étaient 67 % à se déclarer préoccupées.  Dans ce contexte, 48 % des femmes déclaraient épargner pour leur retraite, contre 50 % des hommes, et de manière plus régulière. Surtout, l’an passé, elles étaient 37 % à vouloir épargner davantage (32 % des hommes) et comptaient moins puiser dans leurs économies pour consommer.
Enfin, il ressort clairement que les femmes privilégient les supports d’investissement les moins risqués et rejettent le PEA, par exemple. Par contre, l’assurance-vie est largement plébiscitée (surtout le fonds en euros, cf. encadré), tout comme le Livret A et l’épargne-logement. Les craintes de difficultés financières des femmes lors du passage à la retraite sont également perceptibles dans une autre étude. En effet, chaque année, la banque privée HSBC publie un rapport sur les retraites au niveau mondial, avec un document spécifique pour la France. De ce dernier, il ressort que les femmes « sont plus vulnérables que les hommes à la retraite », un enseignement déjà souligné les années précédentes. Ainsi, 54 % des Françaises déclarent que leur capacité à épargner a baissé depuis l’année dernière, contre 42 % des hommes. De plus, elles indiquent avoir moins confiance que les hommes en leur capacité à maintenir un niveau de vie confortable à la retraite (70 %, contre 52 % des hommes), ce qui conduit 61 % d'entre elles à craindre des difficultés financières une fois retraitées, contre seulement 44 % des hommes. Par ailleurs, ce même rapport fait observer que « les Françaises estiment que leur épargne personnelle ne durera que cinq ans pendant leur retraite, contre huit ans l’an passé. Si l’on considère que les Françaises passeront, en moyenne, vingt-cinq années à la retraite, elles n’auront plus que les régimes obligatoires pour subvenir à leurs besoins pendant vingt ans. » Les retraitées françaises déclarent faire plus de sacrifices que les hommes, puisque 60 % ont réduit leurs dépenses quotidiennes, contre 48 % des hommes. A la question de leur manque de préparation à la retraite, 18 % des retraitées évoquent les conséquences d’un divorce.

Plus prudentes dans un contexte difficile

En 2013, à l’initiative de Generali et de Terrafemina a été publié l’Observatoire des femmes et de l’assurance, visant à scruter les attentes et comportements des Françaises face au contexte économique. Lors de cette édition, l’étude portait sur les femmes et l’épargne. « Dans un contexte morose, les femmes plébiscitent les vertus de l’épargne, était-il indiqué. (…) Les femmes sont plus inquiètes que les hommes. Elles sont de plus en plus nombreuses à se dire touchées par la crise : 97 % en 2013, un record ! Elles ne sont d’ailleurs plus que 56 % à se déclarer optimistes quant à leur avenir, quand les hommes le sont à 67 %. En 2011, elles étaient 73 %. La chute est brutale. » Dans ce contexte, 69 % des femmes déclaraient épargner une rentrée d’argent plutôt que de la dépenser en achats ou en vacances, contre 63 % des hommes. Par ailleurs, l’Observatoire mettait en lumière que la santé des proches et la préservation de l’équilibre familial sont les principales préoccupations qui incitent les femmes à épargner. Et de manière prudente, « elles recherchent davantage la sécurité des placements que les hommes. Elles sont 84 % à préférer opter pour des offres à rendements limités sans risque de pertes du capital ». Pour les hommes, le pourcentage s’élève à 77 %.

Enfin, l’étude relève que les femmes ont une épargne davantage affectée à des projets précis que les hommes. Parmi les principaux écarts avec les hommes : 40 % des femmes seraient incitées à épargner pour préparer la retraite (contre 35 % des hommes), 19 % pour faire fructifier des avoirs financiers (versus 14 % des hommes), 8 % pour bénéficier d’avantages fiscaux (versus 4 % des hommes). 

 

  • Mise à jour le : 29/09/2015

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